L’éthique à Nicomaque d’Aristote

Composé de dix livres, c’est un ouvrage comportant bon nombre de notes qui semblent destinées à faciliter l’exposé d’un cours public.

Le livre I :

Précise le domaine, la méthode et l’objet de l’étude.

L’homme étant par nature un animal politique, la science qui structure le domaine de la conduite de la vie serait politique. La politique englobe l’éthique. Mais on ne doit pas attendre selon Aristote du philosophe, des démonstrations basées sur des principes. Une telle exigence ne conviendrait pas à la contingence du sujet, qui demande une certaine expérience de la vie.

« Aussi le jeune homme n’est-il pas un auditeur bien propre à des leçons de Politique, car il n’a aucune expérience des choses de la vie qui sont pourtant le point de départ et l’objet des raisonnements de cette science. » 51. Ibid., II, 1, 1103 b 20-25. 52.

La méthode appropriée consistera plutôt à prendre pour commencement des opinions morales couramment partagées et à déterminer l’objet traité :

La prémisse de cette méthode est la suivante : toute action et tout choix humain visent le bien. Et, parmi tous les « biens », le meilleur est celui qui suffit à apporter une vie heureuse et réussie à l’être.

Le bonheur est donc nommé par Aristote « souverain bien ». C’est le but ultime de l’homme selon lui. Il est recherché et désiré pour lui-même et par lui-même.

Mais les opinions sont différentes en ce qui concerne la recherche du bonheur : plaisir, honneur, richesse, santé…

Or la vie humaine ne saurait trouver son accomplissement ni dans le plaisir ou dans la richesse, santé, etc. qui ne peuvent que contribuer au bonheur.

La vie contemplative, pour Aristote, semble ainsi le seul but digne d’intérêt de l’homme.

Les livres II et IV étudient les excellences morales, ou vertus proprement dites. Cette modalité de la vertu cherche une stabilité, un juste milieu entre excès et défaut.

Ce juste milieu n’est ni identique pour tout le monde, c’est celui que l’homme déterminerait lui-même.

Aristote analyse ensuite les vertus particulières : le courage, juste milieu entre la crainte et la témérité, la modération, l’ambition…

Le livre V clôt ces études en examinant la vertu de la justice.

A ce sujet, Aristote différencie :

– la justice universelle (accomplissement total de la loi).

– la justice particulière (qui gère le partage des biens et des honneurs entre membre de la communauté).

Le livre VI, développe le thème des vertus intellectuelles.

Elles relèvent de la partie scientifique de l’âme :

  • L’âme,
  • La sagesse rationnelle,
  • La prudence

La prudence définit la règle de l’action humaine, elle est liée aux vertus morales.

Le livre VII, distingue les aspects négatifs du caractère : le vice, l’absence de maîtrise de soi ou intempérance et traite de la passion.

Dans les livres VII et X, Aristote évoque la notion de plaisir. Le plaisir n’est pas un mal mais un bien selon Aristote. Il est agréable et la fin naturelle de toute vie.

Le plaisir est une activité et non une finalité.

Dans les livres VIII et IX, Aristote aborde quelques analyses de l’amitié.

Pour Aristote, l’amitié est nécessaire pour vivre.

Selon l’auteur, le principe même du lien amical est à chercher dans l’amour de soi et dans la forme « d’égoïsme » qui consiste à cultiver le meilleur de soi.

Etre bienfaisant pour autrui, c’est une preuve d’amitié. Chacun sent, en vivant avec ses amis, l’excellence de sa propre existence, ce qu’un homme seul ne peut sentir.

Aristote fait référence à Platon et à la pensée platonicienne de « bien pris en général ».

Aristote note dans ce domaine que le bien n’est pas davantage univoque. L’idée du Bien n’apporte, par conséquent, rien à la conduite humaine.

Et c’est ici que se trouve la principale opposition entre Platon et Aristote, d’un point de vue métaphysique mais aussi politique et éthique.

De même que l’artisan cherche à accomplir sa tâche propre, l’homme trouvera son bonheur dans l’accomplissement de sa fonction d’homme.

Le bonheur de l’humain serait donc « l’activité de l’âme selon sa vertu ».

Le livre X développe le sujet du bonheur dans la contemplation. Mais ce genre de vie est apparemment non politique et difficilement accessible.

Si pour Aristote le bonheur est l’acte le plus haut de la perfection humaine, il requiert néanmoins des biens extérieurs suffisants.

Au second plan, Aristote mentionne la vie politique. De bonnes lois procureront une saine éducation et développeront l’habitude de pratiquer et de désirer la vertu.

Le discernement pour établir ces lois ne peut être acquis ni par la transmission d’une sorte d’habilité, ni par un pur et simple enseignement théorique. Il faut allier expérience et réflexion critique. Ce qui sera traité ultérieurement dans l’ouvrage « La Politique » d’Aristote.