Le banquet de Platon

Résumé : le Banquet de Platon

Le Banquet est un dialogue platonicien, écrit aux alentours de 385 av. J.C.

Apollodore rapporte le récit d’Aristodème, disciple de Socrate.

Socrate et Aristodème vont participer à un banquet chez Agathon, en la compagnie de Phèdre, d’Aristophane, Pausanias et Eryximaque. Les convives décident de ne pas s’enivrer, mais de boire légèrement et de passer en discours cette soirée.

À l’initiative de Phèdre, relayé par Eryximaque, chacun est invité à prendre tour à tour la parole pour répondre à la question « qu’est-ce que l’amour ? ».

Plus précisément, il s’agit de prononcer un éloge de l’amour, le plus bel éloge possible.

Phèdre commence. Pour lui, l’amour est le meilleur guide dans l’existence, car il nous fait fuir les actions laides et n’accomplir que de belles actions. Selon lui, une armée faite d’amants serait invincible car aucun des hommes ne serait lâche et mauvais guerrier, pour ne pas se déconsidérer aux yeux de l’être aimé. Il remarque que les amants font des choses exceptionnelles par amour et il illustre son propos à travers le mythe d’Alceste.

Pausanias prend à son tour la parole. Pour lui, le problème est mal posé. On lui demande de chanter l’amour comme s’il était une seule et même chose, alors qu’il y a plusieurs types d’amour. Il faut chercher quel type d’amour est digne d’éloge.

Toute action n’est ni belle ni mauvaise en soi ; est belle ou laide notre manière de la pratiquer.

Eryximaque annonce qu’il va considérer l’amour d’un point de vue plus général. Celui-ci ne concerne pas seulement l’homme, mais caractérise les rapports entre tous les êtres, animés ou inanimés.

Il évoque qu’une maladie peut venir de la présence dans le corps de deux principes contraires, donc hostiles. Guérir reviendrait donc à insuffler amour et harmonie dans ces conflits.

De même, la musique cherche l’harmonie (par exemple, entre l’aigu et le grave) ; la musique représenterait donc un genre d’amour, d’étude des mouvements amoureux.

Aristophane se penche pour sa part sur l’origine de l’amour : d’où vient que l’on aime ? D’où vient ce sentiment qui nous pousse à nous unir à quelqu’un d’autre ? Il utilise pour répondre à cette question un mythe, resté célèbre sous le nom de « mythe d’Aristophane ».

Selon ce mythe, à l’origine, les hommes étaient androgynes : ils étaient à la fois homme et femme. Ils avaient la forme d’une sphère, qui se déplaçait en roulant sur elle-même. Mais leur ambition les amena à vouloir devenir l’égal des dieux. Zeus les punit de leur témérité en les affaiblissant : il coupa chacun d’eux en moitiés, l’une mâle et l’autre femelle. Mais chacun, regrettant l’unité originelle, cherchait sa moitié et voulait la rejoindre : ils moururent de faim car ils ne voulaient plus rien faire l’un sans l’autre.

Zeus, pris de pitié, place leur sexe de manière à ce qu’il y ait jouissance quand ils se réunissent, pour que connaissant la satiété, cela les amenât à s’arrêter et à se tourner vers l’action et les autres centres d’intérêts de l’existence.

De là cette définition de l’amour rassembleur de notre ancienne nature : il essaie de faire de deux êtres un seul et de guérir la nature humaine.

C’est ce mythe qui a engendré la conception de l’amour comme recherche de sa moitié ou comme le désir de ne faire plus qu’un.

Ce discours fortement applaudi lors du banquet, cède la place à celui d’Agathon, qui dépeint l’Amour comme le plus beau des Dieux, fuyant la vieillesse et désirant la jeunesse et la beauté.

C’est le discours suivant, celui de Socrate, qui parvient à se hisser au niveau de celui d’Aristophane, à le dépasser, et à faire du Banquet un chef d’œuvre.

Socrate pense que les autres convives ont fait un éloge « forcé » au lieu d’un éloge vrai. Par là il veut dire qu’il faut non pas chercher à donner à l’Amour toutes les qualités mais le louer pour les qualités qu’il a vraiment.

Il remplace le monologue par le dialogue, interrogeant Agathon. C’est là un exemple du fameux dialogue socratique, qui procède par question et réponse (la dialectique) pour faire accoucher l’interlocuteur d’une vérité qu’il porte en lui (ou maïeutique : art d’accoucher les esprits).

Socrate commence alors à problématiser le sujet : on désire « ce qu’on n’a pas » (1).

Ce rien, va subir un renversement sans précédent dans le séminaire, livre VIII : Le transfert, de Jacques Lacan (2).

« Le Banquet , dit Lacan, nous allons le prendre comme une sorte de compte rendu de séances psychanalytiques. A mesure que le dialogue progresse, que se succèdent les contributions des différents participants, quelque chose se passe. A nous de comprendre le sens qu’il y a dans son discours » (3).

(1) PLATON, Le Banquet (385 av. J.C), 199e-200c, Ed. Flammarion, coll. « G.F », trad. E. Chambry, 1964, pp 66-67.

(2) LACAN J., Le Séminaire (1960-1961), livre VIII, « Le transfert »Paris, Seuil. 2001 (seconde édition).

(3) Ibid, p.38.